L’affaire Fabre

Par Mari-Mai CORBEL (extraits)

« La Grèce sert de surface de projection au refoulé identitaire d’Européens du Nord » : 

Aberrant, tout est aberrant dans cette affaire du festival d’Athènes à laquelle s’est prêté Jan Fabre. A tel point, que je ne peux m’empêcher de penser à l’affaire du OXI du 5 juillet 2015 retourné en moins de dix jours en son contraire. L’annonce de la nomination de Jan Fabre mi février promettait. Impossible alors de s’imaginer que Jan Fabre n’aurait aucun intérêt pour la création contemporaine grecque. Impossible également de s’imaginer que Jan Fabre n’envisage d’occuper cette fonction phare dans le paysage culturel grec en n’y connaissant rien.  Impossible parce que les milieux artistiques européens voire internationaux sont poreux, de vraies ruches à rencontres […]

La publication du projet artistique de Jan Fabre se répandit comme une trainée de poudre dans les milieux artistiques européens via les réseaux sociaux, décrochant un certain nombre de mâchoires à chaque lecture […] Ce projet artistique, quiconque le lit, devine qu’il a été écrit sur un coin de table en quarante-huit heures maximum. Jan Fabre avoua d’ailleurs à sa conférence de presse, entouré de son équipe flamande, n’avoir « pas eu le temps »  – de rencontrer des artistes et des projets. N’ayant pas eu le temps de s’intéresser à l’échelle « locale », Jan Fabre proposait d’expulser toute création grecque indépendante dès la première année […]

Comme me l’a soufflé un ami artiste, il est fort possible que Jan Fabre n’ait rencontré que quelques membres de la nomenklatura de Tsipras, qui auraient insinué que les Grecs étaient, dans leur part populaire, nationalistes de façon atavique, légèrement nostalgiques d’une culture vieillie, qu’il était urgent de les sortir de ces maux en leur infligeant une bonne cure d’art branchouille, de flambe flamande voire de bon vieux jazz […]

En Grèce, les élites ont méprisé leur pays, pour justifier leur collaboration avec des intérêts étrangers, liés à leur servilité souvent corrompue et mâtinée du complexe du colonisé qui rêve de se moderniser, de s’européaniser, de s’occidentaliser. Et force est de constater avec la crise actuelle des réfugiés, que la résistance populaire aux pulsions xénophobes nationalistes est une leçon donnée à ces gros pays du nord si civilisés […]

Si l’on prend froidement le projet de Jan Fabre, il consistait ni plus ni moins à anéantir cette création indépendante  grecque d’ores et déjà en train d’émerger à l’étranger, pour former un bataillon d’interprètes à sa solde, à la solde de son esthétique, largement spectaculaire, fondée sur la marque « Jan Fabre »

 

Source: mouvement.net (4.4.2016)

 

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