une manifestation féministe à Bruxelles

La Fièvre du samedi soir

Tous les clichés du freudo-marxisme en un seul paragraphe. Michel Clouscard en serait ravi !

Selon Le Soir du 11 février:

La manifestation, qui a traversé le centre de Bruxelles sous le slogan «Reclaim the night», a démarré vers 20h30 du Mont des Arts. Elle avait pour but de «se réapproprier la rue la nuit contre les violences sexistes » et portait le message «d’un féminisme inclusif, intersectionnel et pro-choix (pour le libre choix en matière d’avortement, du port ou non du hijab, la liberté des travailleuses-rs du sexe)», selon les organisateurs. L’événement était ouvert à tous les genres, sauf aux hommes «dont le ressenti de l’identité de genre coïncide avec le sexe qu’on lui a assigné à la naissance» (source)

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Aux origines de la croissance

À propos de : Matthias Schmelzer, The Hegemony of Growth – par M. Louis (extraits)

L’ouvrage de Matthias Schmelzer retrace l’élaboration du « paradigme de la croissance économique » par les économistes, les diplomates et les hauts fonctionnaires de l’OCDE de la fin de la Seconde Guerre mondiale et tout au long de la Guerre froide.

« […] la supériorité du capitalisme et du communisme était évaluée en fonction de la quantité de biens de consommation que chaque système pouvait produire »

L’auteur montre que [la mesure de la croissance] répond à un besoin des économies européennes de rattraper l’économie américaine, de se positionner par rapport à l’URSS, de produire un tableau homogène et comparable des économies […] mais aussi de permettre de déterminer le montant des contributions financières des États membres. En outre, et en dépit des mises en garde des statisticiens de l’époque, la mesure du PIB va rapidement équivaloir, pour les décideurs politiques, à la mesure du bien-être social (« welfare  »).

La croissance économique va donc rapidement apparaître comme un formidable outil d’apaisement des conflits sociaux et d’instrument de consensus politique  : cette « économicisation » du social va donc de pair avec une dépolitisation de l’économie, tant les statisticiens comme les décideurs insistent sur le caractère technique et apolitique des instruments de mesure pour légitimer ces derniers.

Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques

radicalite

Notre époque a la critique qu’elle mérite. Les pensées des intellectuels contestataires convoqués par les médias, révérés à l’université, considérés comme subversifs dans le monde militant – de Gilles Deleuze à Alain Badiou en passant par Toni Negri – participent au déploiement du capitalisme avancé. En s’acharnant à détruire les modes de vie et de production traditionnels, en stigmatisant tout lien avec le passé, en exaltant la mobilité, les processus de modernisation incessants et la puissance libératrice des nouvelles technologies, cette fausse dissidence produit les mutations culturelles et sociales exigées par le marché. Percevoir le libéralisme comme un système foncièrement conservateur, rétrograde, autoritaire et répressif entretient le mythe d’une lutte entre les forces du progrès et celles du passé.

A contrario, d’autres penseurs conçoivent le capitalisme comme un fait social total qui développe l’esprit de calcul, la rationalité instrumentale, la réification, l’instantanéité, le productivisme, la dérégulation des rapports humains, la destruction des savoir-faire, du lien social et de la nature, et l’aliénation par la marchandise et la technologie. Ce livre nous présente, de manière simple et pédagogique, les réflexions de vingt d’entre eux. Il nous fournit ainsi les armes intellectuelles pour ne pas servir le capitalisme en croyant le combattre, et pour en faire une critique qui soit vraiment radicale. (source)

“ni gauche ni droite” d’en haut et d’en bas

Entretien avec J.-C. Michéa, 17.01.17 (source) – extraits

On juge beaucoup moins un auteur sur ce qu’il a réellement écrit […] que sur les sombres intentions qu’on lui prête […]

Pourquoi faites-vous du dépassement du clivage gauche/droite la première des priorités politiques pour combattre le capitalisme ?

Pour deux raisons majeures. D’une part, le clivage gauche/droite, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, conduit toujours à opposer un “peuple de gauche” à un “peuple de droite” (c’est d’ailleurs tout le sens de cette importation récente du système américain des primaires). Or, la seule ligne de démarcation politiquement féconde est celle qui inviterait, au contraire, à fédérer l’ensemble des classes populaires contre cette oligarchie libérale qui ne cesse de dissoudre leur mode de vie spécifique dans les “eaux glacées du calcul égoïste” (Marx).

D’autre part, ce clivage a aujourd’hui presque entièrement changé de sens. Il ne met plus aux prises, comme au XIXe siècle, les partisans d’un ordre divin sanctifiant les inégalités de naissance et les héritiers de la philosophie des Lumières. Il scinde au contraire celle-ci en deux camps officiellement rivaux. D’un côté ceux qui, dans la lignée d’Adam Smith et de Turgot, voient dans l’extension continue du marché le fondement premier de la liberté individuelle. De l’autre, ceux qui considèrent que c’est plutôt l’extension indéfinie des “droits de l’homme” qui en constitue le moteur principal. Mais le libéralisme économique de la “droite” moderne […]  ne pourra jamais se développer de façon intégralement cohérente sans prendre tôt ou tard appui sur le libéralisme culturel de la “gauche” (je laisse ici de côté l’usage purement électoral par une partie de la droite de la rhétorique conservatrice).

En d’autres termes, Hayek implique Foucault et Foucault implique Hayek. Autant dire que nous aurons donc de plus en plus affaire – si rien ne change – à ce que Debord appelait déjà “les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé”.

 

Quelle société voulons-nous?

Mouvement Ardin (Grèce), 2016

Notre mouvement est l’aboutissement d’un long processus, aussi bien théorique que pratique, au cours duquel nous avons tiré les conclusions de l’évolution des sociétés modernes, ainsi que de l’évolution des mouvements de libération. Les révolutions et les bouleversements qui se sont succédé depuis la révolution française, nous ont appris que la marche de l’humanité vers des sociétés plus égalitaires, qui auront radicalement réduit les inégalités ethniques, régionales et les discriminations fondées sur le sexe ou le niveau des connaissances, est un mouvement sans cesse et sans fin. Il n’y a pas de fin de l’histoire.

Le libéralisme nous promettait la liberté par l’inégalité! Et le «socialisme réel», l’égalité par la répression de la personnalité. L’objectif est, en définitive, une société où la recherche de l’égalité sera associée au libre développement des capacités créatives des personnes. Autrement dit, une société de personnes, car la notion de personne se réfère à une identité collective: Nous rejetons la logique individualiste de l’homme qui est un loup pour l’homme mais aussi la logique collectiviste qui remplace l’égalité par le nivellement.

Un engagement permanent et continu de la société est nécessaire, non seulement pour réduire immédiatement les inégalités économiques et sociales, mais, avant tout autre chose, pour éliminer les inégalités en matière d’éducation et de connaissance, vu que le problème des inégalités et de la justice sociale au 21e siècle, est, dans une large mesure, un problème d’éducation.

Les expériences des révolutions démocratiques, des mouvements de libération nationale, du mouvement ouvrier, du mouvement de l’émancipation des femmes, des mouvements de jeunesse et de l’écologie, devraient donc faire partie d’un nouveau mouvement.

Notre lutte est une lutte contre la décadence et en faveur d’un nouvel état d’égalité, de liberté et de justice pour les Grecs du 21ème siècle – c’est pour cela que nous revendiquons: l’indépendance nationale, la justice sociale, la reconstruction productive, l’équilibre écologique, la démocratie directe, le renouveau culturel. Ces six points ne sont pas énumérés par ordre de priorité, car ils représentent des valeurs distinctes et égales entre elles. Seule la conjoncture met en exergue l’un ou l’autre point et en fait une priorité.

Il ne s’agit donc pas de privilégier une opposition et de la faire apparaître comme la « clé » qui explique tout, ce qui, dans le passé, a eu les conséquences aberrantes que nous connaissons tous. En effet, au cours du 20e siècle, la mise en exergue de la dimension exclusivement nationale ou exclusivement sociale a abouti soit au nationalisme nazi ou fasciste soit à la dénaturation stalinienne voire soviétique.

Dans notre cas, le lien intrinsèque entre ces six revendications est démontré par le fait qu’aucune d’entre elles ne peut aboutir sans la contribution des autres. L’indépendance nationale, compte tenu de la taille et de la situation géopolitique du pays, est subordonnée à un nouveau modèle d’équilibre économique et écologique, fondé sur l’économie sociale et publique, la petite entreprise, la production décentralisée, l’organisation en réseau de la société et la tradition communautaire.

Sous la domination de la globalisation et des inégalités sociales, l’indépendance nationale restera un simulacre. La Grèce ne dispose pas ni la taille ni l’idéologie qui lui permettraient de fonctionner dans la jungle des multinationales. L’Athènes antique a pu faire face aux Perses grâce à ses citoyens qui étaient des paysans libres; l’Empire Byzantin s’appuyait sur les paysans libres armés; la révolution de 1821 c’est les klephtes, les bandits des montagnes, qui l’ont faite; pendant la résistance contre les Allemands et contre les Anglais à Chypre c’étaient les paysans et les jeunes qui étaient en première ligne.

Notre tentative est celle d’une synthèse créative entre la tradition hellénique de liberté et de démocratie directe, la tradition chrétienne qui, pendant 17 siècles, s’identifie aux Grecs, la morale de résistance et les mouvements de libération des peuples. La demande de synthèse constitue un besoin fondamental pour la survie et l’intégration des Grecs modernes. C’est pourquoi notre mouvement comprend en son sein et s’adresse à des personnes de diverses conceptions idéologiques, provenant de la gauche, du centre et de la droite, croyants ou non, qui toutefois partagent nos orientations essentielles. Notre approche est ouverte et de synthèse. Nous rejetons le faux dilemme « modernisation ou tradition » en prônant la modernisation de notre tradition.

La société que nous voulons limiterait de manière décisive la domination de la marchandise; nous sommes pour le développement de certains secteurs et pour la décroissance dans d’autres secteurs de l’économie. Une partie importante de la production serait socialisée, des ressources et des pans d’activités seraient transférées à la périphérie, la polyculture et les cultures biologiques seraient promues; la monoculture du tourisme serait rejetée et l’autonomie énergétique favorisée, en se basant en premier lieu sur les énergies renouvelables. Nous aspirons à un modèle de développement équilibré du secteur public (dans de vastes domaines relatifs à la vie dans la société, la sécurité nationale, les biens communs), nous mettons l’accent sur les petites et moyennes entreprises dans le secteur privé, ainsi que dans la prolifération des coopératives et d’entreprises municipales. La reconstruction productive de la Grèce, compte tenu de nos dimensions et de nos capacités, ne sera possible qu’en suivant un modèle moderne, axé sur une production de qualité, sur l’entreprise technologiquement avancée, sur une main-d’œuvre qualifiée et pluridisciplinaire, sur des synergies et les coopératives, la recherche et l’innovation.

Eriger l’économie en instance souveraine de la société est un piège qui ne fait qu’asseoir la domination de la marchandise et du marché. L’économie doit de nouveau constituer un moment de la vie sociale parmi les autres; la mesure du développement des sociétés humaines doit être l’éloignement du royaume de la nécessité, c’est-à-dire de l’économie, et non pas l’inverse, la réduction de toute vie à la dimension économique.

À cet égard, il y a lieu de transformer le modèle de croissance qui a frappé notre pays au cours de ces dernières décennies. Car, l’ajustement de l’économie grecque à cette logique de croissance a conduit à un hyper-centralisme athénien en déliquescence (environ 50 % du PIB et 40 % de la population du pays est concentrée sur un 3 % de son territoire), à la prédominance des activités parasitaires, à l’établissement d’un modèle de tourisme barbare, préjudiciable même aux atouts touristiques du pays. Nous prônons donc l’autonomie économique, l’équilibre entre production et consommation, la priorité à l’éducation et la connaissance, le mariage du tourisme et de la culture, la conscience écologique et la tradition alimentaire du pays — en fin de compte, la transformation de notre société parasitaire à une société de la connaissance et de la culture.

Nous souhaitons produire localement la majeure partie des produits dont nous avons besoin, sans pour autant aboutir à une économie fermée. La dimension écologique conduit à un modèle de production décentralisée et artisanale, ce qui est une condition préalable aussi bien à la production au niveau municipal et des coopératives qu’à l’indépendance nationale. Bien évidemment, cela n’implique pas l’absence des grandes entreprises, dans le secteur bancaire et ailleurs, mais un modèle économique viable qui doit être axé sur la petite échelle au niveau de la production et de l’aménagement du territoire. Une société qui reproduit le gigantisme athénien ne peut être ni équitable ni indépendante.

Il ne peut y avoir de justice sociale et d’indépendance nationale tant que l’économie est parasitaire et totalement dépendante du marché mondial.

La dignité des êtres humains est un élément clé. Le travail décent pour tous, ainsi que la garantie d’un revenu décent, sont des piliers essentiels de la lutte pour la solidarité sociale. L’économie sociale est un outil nécessaire pour atteindre ces objectifs et pour mettre en œuvre un modèle économique alternatif.

Nous avons besoin d’un système d’enseignement qui favorise l’éducation complète des citoyens et soutient la lutte du peuple grec pour la liberté, l’égalité et la fraternité. L’éducation que nous voulons s’appuie sur les valeurs de la vérité scientifique et sur l’emploi de notre langue et de nos traditions, pour la formation de la conscience des jeunes et, en même temps, pour la communication avec les autres peuples et leurs réalisations.

Le système d’enseignement doit refuser la vulgaire concurrence et l’éducation de l’ignorance, au bénéfice d’une éducation universelle, nationale et vraie. « Je ne pense à rien d’autre qu’à la Liberté et à la Langue ».

Le système d’enseignement doit également constituer un levier pour la reconstruction économique et offrir aux jeunes générations la perspective d’un travail stable et décent. L’enseignement supérieur, théorique ou technique, conserve un rôle essentiel pour la reconstruction productive: il pourrait renforcer considérablement les compétences de la main-d’œuvre, contribuer à la recherche et au développement des produits et de leur production, produire et fournir un savoir-faire utile. C’est pourquoi il est nécessaire de réorienter radicalement l’enseignement universitaire, afin de développer certains secteurs de l’industrie de transformation et de soutenir, entre autres, les nouvelles formes d’économie rurale, la planification économique et la reconstruction de l’état et de ses institutions.

L’identité des personnes ne constitue pas un système fermé et unidimensionnel, parce que chaque personne possède multiples identités: sexe, âge, nationalité, langue, religion, traditions, classe sociale, profession, culture, attachement à un lieu etc. Par conséquent, il va de soi que nous défendons l’existence des mouvements ouvriers, écologiques, paysans, de jeunesse, des femmes, les organisations syndicales ou catégorielles et les regroupements de nature religieuse. Toutefois, nous ne prônons ni la réduction de tous les mouvements en un seul, ni la fragmentation excessive des identités et des mouvements, qui aboutit à la pleine individualisation et à la destruction de la cohésion sociale.

Les valeurs de l’identité nationale et de la solidarité sont non seulement indispensables à la survie de chaque pays – et, surtout, du nôtre, qui est situé à la frontière des deux mondes – mais aussi une condition sine qua non du maintien de la cohésion sociale et de la survie économique.

Sans sentiment d’appartenance nationale, les sociétés deviennent des jungles. Et l’’un des plus grands méfaits du nihilisme national est que, par son effort d’atténuer la conscience nationale, il a affaibli la cohésion sociale et a contribué à l’effritement des syndicats, des coopératives, des communes et à la désintégration des liens familiaux au sens large. Par conséquent, la reconstruction de nos sociétés passe aussi bien à travers le changement des structures sociales et du modèle écologique que par la reconstitution du tissu national et social.

S’il existe encore un espoir, il est du côté des gens ordinaires

Le blog Le Comptoir vient de sortir son premier numéro papier. Extraits de l’entretien de son co-fondateur, Kevin Victoire, à la revue Limite (source):

Günther Anders [expliquait] en 1977 qu’avant d’être révolutionnaires, « nous devons être conservateurs au sens authentique, conservateurs dans un sens qu’aucun homme qui s’affiche conservateur n’accepterait ». Je rejoins évidemment Anders sur cette nécessité d’être conservateur face aux ravages provoqués par le techno-libéralisme. […] La question écologique n’est pas la seule. S’il ne faut pas idéaliser le passé, ni penser naïvement que « c’était mieux avant » – songeons par exemple aux conditions des femmes et des minorités ethniques ou sexuelles –, force est de constater que certaines choses étaient mieux avant […]

– Croyez-vous encore à la Gauche ?
– Le débat fait encore rage au sein de la rédaction. On peut dire que certains adhèrent à la gauche, d’autre y adhèrent par défaut et les derniers la rejettent comme camp bourgeois […] De plus, comme l’expliquait C. Castoriadis en 1986 déjà : « Il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques radicalement opposés » […]

– Quelles sont vos références intellectuelles, d’hier à aujourd’hui ?
– Je citerais d’abord les pionniers du socialisme que sont Pierre Leroux, Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx et Piotr Kropotkine. Louise Michel, Rosa Luxemburg, Charles Péguy, Jack London, ou Georges Sorel sont également très appréciés. Nous avons dédié de nombreux articles au révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara, ainsi qu’à Pier Paolo Pasolini, George Orwell – notre référence principale –, Simone Weil et Guy Debord. Nous pouvons également ajouter Castoriadis, Michel Clouscard, Serge Latouche, Jaime Semprun, Jean-Claude Michéa, Christopher Lasch ou les pères de l’écologie politique que sont Ivan Illich et Jacques Ellul. Le livre Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques publié par L’Echappée en 2013 est presque une Bible pour nous, puisqu’il regroupe bon nombre de nos références – dont certaines que je vous ai mentionné – et définit dans l’excellente introduction rédigée par Cédric Biagini, Guillaume Carnino et Patrick Marcolini une ligne politique très similaire à la nôtre. En dehors du socialisme, nous avons aussi un vrai faible pour Philippe Muray, qui portait un regard sur notre époque à la fois novateur et réaliste, ainsi que cet écrivain incassable et épris de liberté qu’est Georges Bernanos.

Sinon des médias comme La Décroissance, Fakir, Le Monde diplomatique ou Basta sont également de vraies références pour nous. De même pour La revue du Mauss. […]

 

L’affaire Fabre

Par Mari-Mai CORBEL (extraits)

« La Grèce sert de surface de projection au refoulé identitaire d’Européens du Nord » : 

Aberrant, tout est aberrant dans cette affaire du festival d’Athènes à laquelle s’est prêté Jan Fabre. A tel point, que je ne peux m’empêcher de penser à l’affaire du OXI du 5 juillet 2015 retourné en moins de dix jours en son contraire. L’annonce de la nomination de Jan Fabre mi février promettait. Impossible alors de s’imaginer que Jan Fabre n’aurait aucun intérêt pour la création contemporaine grecque. Impossible également de s’imaginer que Jan Fabre n’envisage d’occuper cette fonction phare dans le paysage culturel grec en n’y connaissant rien.  Impossible parce que les milieux artistiques européens voire internationaux sont poreux, de vraies ruches à rencontres […]

La publication du projet artistique de Jan Fabre se répandit comme une trainée de poudre dans les milieux artistiques européens via les réseaux sociaux, décrochant un certain nombre de mâchoires à chaque lecture […] Ce projet artistique, quiconque le lit, devine qu’il a été écrit sur un coin de table en quarante-huit heures maximum. Jan Fabre avoua d’ailleurs à sa conférence de presse, entouré de son équipe flamande, n’avoir « pas eu le temps »  – de rencontrer des artistes et des projets. N’ayant pas eu le temps de s’intéresser à l’échelle « locale », Jan Fabre proposait d’expulser toute création grecque indépendante dès la première année […]

Comme me l’a soufflé un ami artiste, il est fort possible que Jan Fabre n’ait rencontré que quelques membres de la nomenklatura de Tsipras, qui auraient insinué que les Grecs étaient, dans leur part populaire, nationalistes de façon atavique, légèrement nostalgiques d’une culture vieillie, qu’il était urgent de les sortir de ces maux en leur infligeant une bonne cure d’art branchouille, de flambe flamande voire de bon vieux jazz […]

En Grèce, les élites ont méprisé leur pays, pour justifier leur collaboration avec des intérêts étrangers, liés à leur servilité souvent corrompue et mâtinée du complexe du colonisé qui rêve de se moderniser, de s’européaniser, de s’occidentaliser. Et force est de constater avec la crise actuelle des réfugiés, que la résistance populaire aux pulsions xénophobes nationalistes est une leçon donnée à ces gros pays du nord si civilisés […]

Si l’on prend froidement le projet de Jan Fabre, il consistait ni plus ni moins à anéantir cette création indépendante  grecque d’ores et déjà en train d’émerger à l’étranger, pour former un bataillon d’interprètes à sa solde, à la solde de son esthétique, largement spectaculaire, fondée sur la marque « Jan Fabre »

 

Source: mouvement.net (4.4.2016)

 

Écosocialisme

Dossier de la revue Cahiers d’histoire (2016) intitulé Écosocialisme et histoire

Les auteurs « relisent l’histoire de l’époque moderne à la recherche des expressions de cette sensibilité qui associe les malheurs des hommes à ceux qu’ils font subir à la nature ». Il ne sagit pas de « capitalisme vert », de celui des marchands qui marchandisent aujourd’hui, au nom du développement durable, les « droits à polluer » et qui prétendent promouvoir la « défense de l’environnement » en en faisant une nouvelle source de profit ».

Voici des extraits du « mot de la rédaction » :

Si Marx occupe une place singulière dans le panorama composite des expériences écosocialistes, la diversité des propositions et des actions politiques dépasse très largement, pour les XIXe et XXe siècles, les seules références marxistes : des connexions avec l’anarchisme ainsi que des déploiements à partir des luttes anticoloniales ont contribué à densifier la synthèse anticapitaliste et antiproductiviste (…)

Paul Ariès rappelle que le désastre écologique de l’URSS ne peut être séparé pour lui du choix politique autoritaire, alors que d’autres voies marxistes s’exprimaient dans le sens de la sensibilité écologiste. Mickaël Löwy, autour de Walter Benjamin, présente une autre articulation de la critique sociale de Marx à la matrice de l’écosocialisme (…)

Françoise Escarpit rend compte ici des luttes sud-américaines pour contrer les grands groupes industriels et mettre en œuvre d’autres modèles, notamment à partir de la revalorisation politique des luttes des populations indigènes. La possibilité d’un « buen vivir », d’un vivre ensemble capable de concilier ambition socialiste et enjeux écologiques, n’appartient plus au seul domaine de l’utopie, même si les contradictions autour du « développement nécessaire », les pressions internationales (via notamment le marché des matières premières) menacent les projets écosocialistes d’Amérique du Sud (…)

Les questions environnementales transforment l’agenda politique. Elles ne sont pourtant pas détachées des préoccupations politiques émancipatrices. Bien au contraire.

 

 

Grentrance – Οι μικροπαραγωγοί εξάγουν στο Βέλγιο

Η εκστρατεία Grentrance (βλ. ενημερωτικό φυλλάδιο) του Απριλίου-Ιουνίου 2016 συνίσταται στην εισαγωγή, στο Βέλγιο, ποιοτικών προϊόντων μικροπαραγωγών από την Ελλάδα, χωρίς μεσάζοντες: εξτρα παρθένο ελαιόλαδο, ελιές και προϊόντα καθαρισμού.

Ποιοι φορείς εμπλέκονται:

Από ελλαδικής πλευράς, την εκστρατεία διοργανώνει η Αλληλεγγύη για όλους.

Από βελγικής πλευράς, οι οικολογικές οργανώσεις Climaxi (εισαγωγή, εκστρατεία ενημέρωσης και διακίνηση στη Φλάνδρα/Βρυξέλλες) και A contre courant (εκστρατεία ενημέρωσης και διακίνηση στη Βαλονία/Βρυξέλλες). Διάφορα συνδικάτα και ενώσεις του Βελγίου συμμετέχουν επίσης ενεργά.

Οι Βέλγοι οικολόγοι που συμμετέχουν είναι υπέρ της πράσινης ανάπτυξης;

Οχι.

Ποιός ο στόχος της εκστρατείας:

Να ενισχύσει τα δίκτυα αλληλέγγυας οικονομίας, χωρίς μεσάζοντες, στην Ευρώπη

Να βοηθήσει νέους συνεταιρισμούς να διακινήσουν τα προϊόντα τους στο εξωτερικό – όχι αποκλειστικά γιατί σκοπός είναι να καλυφθούν πρώτα οι ελληνικές ανάγκες.

Να δώσει τη δυνατότητα να αγοράσουν καλά ελληνικά προϊόντα και να δείξουν έμπρακτα την αλληλεγγύη τους προς την Ελλάδα.

Να ενημερώσει το βελγικό κοινό για την κατάσταση στην Ελλάδα.

Πώς επιλέγονται τα προϊόντα;

  • καταρχας το προϊόν πρέπει να είναι ασφαλές και ποιοτικό
  • οι συνεταιρισμοί να είναι σχετικά μικροί
  • η τιμή να είναι δίκαιη για τον παραγωγό αλλά και για τον υποστηρικτή της εκστρατείας

Περαιτέρω ενημέρωση:

Οι αλληλέγγυες εξαγωγές στην εκπομπή ΟΝ ΕΡΤ (βλ. βίντεο εδώ)

Εξαγωγές αλληλέγγυων συνεταιριστικών ελληνικών προϊόντων στο Βέλγιο (βλ. εδώ)

Αλληλέγγυες εξαγωγές ελληνικών προϊόντων, ΕφΣυν (βλ. εδώ)

 

« attirer l’attention sur les faits anxiogènes »

Source : Acrimed (par Vinciane Jacquet)

Témoignage publié le 20 mai par la photojournaliste V. Jacquet, sur son compte Facebook. Le journal incriminé  nuance ses propos tout en les confirmant

Aujourd’hui, je ne suis plus la correspondante au Caire du journal Le Soir. Hier, suite à la disparition de l’avion Egyptair entre Paris et Le Caire, on m’a demandé de ne pas proposer d’article « factuel », mais d’insister sur la « tristesse des familles » et de parler (remettre en cause) la sécurité de la compagnie aérienne égyptienne. J’ai refusé en expliquant n’avoir eu aucun accès aux familles (elles ont refusé de parler aux médias), puis que, la cause de l’accident n’étant pas connue (nous n’avons même pas d’indices), je ne pouvais accuser ni suggérer la responsabilité d’Egyptair. Aujourd’hui, on me « remercie ». Je ne suis pas « opérationnelle ». Soit.

Dans ce temps où les gens accusent les journalistes de mentir, d’amplifier, de maquiller, de couvrir les responsables, bref, ne leur font pas confiance, j’ai décidé de dire non, et de ne pas céder au journalisme de sensation au mépris du journalisme d’information et de son éthique. Et tout ça, si j’ose le dire, pour un salaire dérisoire. Je ne le regrette pas, j’en suis même fière. Ce genre de demande de leur part, insister sur « l’excitation » plutôt que sur les faits, n’était pas une première, mais concernait des sujets moins graves et où j’ai donc « laissé couler ».

Il est primordial que nous, journalistes, freelance ou pas, sachions dire non et nous souvenions que nos mots, nos angles, peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur les individus. Il est primordial que nous soyions ceux qui restaurions la confiance perdue des lecteurs. Les rédactions ne le feront apparemment pas, ou peu.

Longue vie au journalisme d’information.